Les orgues de la Chandeleur
Dernière mise à jour : 4 févr.

La pâte a reposé une heure durant laquelle les plus folles questions tourmentent les neurones des puristes qui se soucient de chaque détail de la préparation. Ceux-là, on les appelle aussi des perfectionnistes. La pâte qui commence à prendre du poids dans la jatte préoccupe d’autres adeptes de la Chandeleur, qui se soucient du bien-être de la crêpe qu’ils veulent obtenir.
Chaque étape de la recette a-t-elle été bien orchestrée ? Telle est leur inquiétude que les violons de leur attente répètent dans la cuisine. Au bout de la symphonie, ils veulent flûter sur une pâte lisse, bien odorante qui rend un effluve qui va jusqu’à faire grésiller un cœur déjà tombé dans l’addiction. Les marchands de l’art culinaire ont transformé la crêpe en un véritable cérémonial. Une poêle spéciale chandeleur est vendue à cor et à cri, une spatule magique capable de retourner la crêpe en un tour de main, toutes pièces dispensées dans un paquet spécial à l’usage du consommateur zélé et surtout très préoccupé à observer de près la tradition de la Chandeleur.
Ses origines
La fête de la Chandeleur a des origines religieuses tant chrétiennes que païennes. Deux récits traditionnels sont contés pour que vive avec cœur la fête de la Chandeleur.
La tradition chrétienne fête la présentation du Christ au Temple, quarante jours après le jour de sa naissance. Cette scène officialise sa venue dans le monde.
La tradition païenne issue du culte romain célèbre une divinité sylvestre, le roi Faunus, dieu de la forêt vivant dans une grotte qui rameute son petit peuple pour que les réjouissances festives annoncent le retour du soleil et avec lui, l’avancée de la lumière avec l’allongement des jours.
La crêpe par sa figure sphérique est le symbole du soleil qui commence à dispenser sa lumière. Le lent voyage vers le printemps fait sauter de joie les habitants qui se sont calfeutrés dans des grottes et ont tant bien que mal supporté les rigueurs de l’hiver.
La recette
Si la recette est simple, sa cuisson relève d’un tour de jonglerie dont on ne peut prévoir les conséquences. Faire sauter les crêpes demande une habileté qui intrigue les novices. La crêpe est capricieuse, sauvageonne et selon que la farine provienne de céréales différentes, la crêpe révèle un goût particulier.
La crêpe rustique, c’est la moiteur et l’arôme des sous bois, un fumet racineux gorgé de pluie évaporée.
La crêpe sarrasine, c’est la terre natale, glissant sur les palais le goût des champs qui retrouvent la céréale mère, restée à l’ombre du blé.
La crêpe toute simple, celle que l’on utilise en cuisine avec de la farine de blé T55 ou T45 achetée au commerce avoisinant, cette crêpe a un goût d’enfant, un suc polisson, elle nous renvoie aux galéjades des jeux amicaux.
La crêpe Suzette, c’est la grande dame, celle qui honore les mets de la table des curieux épris de la trouvaille gastronomique qui perdure. En effet, la crêpe Suzette vient de loin. C’est par les ingrédients rapportés dont elle se compose, par la richesse des déclinaisons auxquelles elle se prête, qu’elle est devenue la porte-parole d’une recette de chaumière promue au rang d’une recette de haute gastronomie.
La crêpe Suzette a connu un parcours atypique. C’est une pâte à base de beurre et de sucre caramélisée, de jus d’orange pressée, de zeste et de liqueur (Grand Marnier ou du curaçao). Ces crêpes sont servies par tradition pour rappeler une mésaventure d’un serveur qui a fait brûler sa crêpe. Il a transformé sa maladresse en secret de fabrication, alléguant que la phase finale où la crêpe arrosée d’alcool se met à brûler est un spectacle qui vaut le détour.
Des légendes gravitent autour de cette recette. De grands chefs cuisiniers l’auraient inventé en incorporant un ingrédient qui la distingue. Les noms d’Escoffier, Paillard, Maire, Charpentier circulent … Que de noms pour parler d’une crêpe flambée ! Joseph, pâtissier de son état, fournit en dessert la table de la Comédie Française. Il semblerait que c’est lui qui aurait donné à sa crêpe le nom d’une comédienne qu’il servait régulièrement à sa table.

Bonne fête de la Chandeleur !
Ginette Flora
Février 2026




Merci ma chère Ginette pour toutes ces recettes de crèpes. Elles sont délicieuses et tu l'écris si bien. 😍!
Belle journée à toi très chère amie.
Tout savoir sur les crêpes et surtout sur la Suzette... on se régale d'avance... Merci Ginette et belle Chandeleur !
Merci Ginette, j'ai préparé les miennes mais j'ignorais tout cela et ta façon nous le conter, est juste délicieuse ! ❤️ Belle gourmandise à toi alors !
Et oui, c'est tout un art de faire des crêpes ! Il faut avoir le coup de main ! En comptant celles restées collées au plafond, j'arrive généralement à en faire une quarantaine assez hétéroclite ! Le tout tient à la fois du sanciau, du baghrir, du blini et essentiellement du napperon dentelle mal fagoté ! Toujours est-il que cet article fait recette et donne grand faim. Aussi, Chère Ginette, une belle Chandeleur à toi !🥚