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Henri Bosco ou l'autre Provence


©artmajeur.com- le Luberon dessin de Michel Moskovtchenko


Henri Bosco est un romancier français né en novembre 1888 à Avignon et mort en mai 1976 à Nice.

Il a vécu au sein d’une famille méditerranéenne. Il grandit dans la  Provence mythique des cigales et des calanques car son père est originaire de Marseille et sa mère est née à Nice. La famille s’installe à Avignon et Henri Bosco découvre l’autre terre, la plus secrète, celle qui se livre difficilement. Bosco la fait revivre par sa musique car l’écrivain est aussi compositeur. Il sait de qui tenir. Il est le fils d’un chanteur d’opéra, sa vie a été bercée par la musique d’autant que son père est également flûtier de métier et que la musique, c’est leur dada.

Il cumule études scolaires et études musicales en étudiant aussi au Conservatoire d’Avignon et en prenant des cours de violon.

Son enfance et sa jeunesse sont des bains de jouvence quand il est pris en charge par les figures féminines de sa famille, tante, marraine, des visages qui peuplent son univers familial lors des  déplacements de son père, souvent absent pour son travail. Il est laissé aux bons soins d’une famille élargie qui lui laisse le sentiment d’un noyau productif d’un arbre qui a été entretenu par l’affection et la fidélité.  Il termine ses études générales et musicales à Avignon et Grenoble.

Ses dernières années d’agrégation à Florence en Italie le rapprochent d’un pays qu’il aime pour sa riche culture. Il se perfectionne dans la langue italienne et  peut ainsi occuper des postes qui exigent la connaissance de cette langue.

 Ainsi, lors des éclatements des deux guerres, il est pressenti pour se rendre dans des postes situés dans les villes du pourtour méditerranéen, du Proche-Orient et du Maghreb. Salonique en Grèce, Naples en Italie, Rabat au Maroc … Il se met à écrire et publie son premier roman Irénée en 1924 et sa trilogie (l’âne culotte) en 1930.


 Les années 1931-1955


Démobilisé, il enseigne à l’université de Lettres de Belgrade et s’installe ensuite au Maroc pour de longues années en tant que professeur de Lettres à Rabat. Il commence aussi sa carrière d'écrivain et ne cessera plus d'écrire, romans et contes pour lesquels il reçoit plusieurs distinctions.

 Il publie en 1945 Le mas Théotime pour lequel il obtient un prix. Il s’attache à parler avec cœur et une profonde empathie du thème de la vie magnifiée par une plume dense et incarnée. Il la décrit comme un espace lié à la terre que l’on préserve de toute invasion et qu’il exhorte à cultiver avec soin.

« Théotime que j’aime s’est attaché à moi qui l’ai relevé de son sommeil. »

Il délivre sa propre pensée face à l’existence de la terre nourricière, il confie qu’il a contracté avec la terre un lien personnel, c’est le domaine issu d’une affirmation de la volonté de l’homme à prendre sa terre en main et non l’inverse.

« Le sol et l’homme ne font qu’un. Il est à moi,  je suis à lui. » 

Il obtient dans le public, une belle audience à un moment où parler d’espérance et de confiance sauve des  atrocités  des guerres qui écrasent le monde de ces années-là.

 Le mas Théotime résonne comme un bien où tout se conjugue dans la joie secrète, retenue, vigoureuse où le minéral, le végétal, l’animal et l’humain s’animent dans la symbiose des sens non pas exaltés mais acceptés avec discrétion et fermeté.  En parlant de cette Provence, celle des pierres et des silences, il nous livre sa philosophie de la vie.


 © gravure le luberon de Moskovtchenko


« Je tiens à ces variations du ciel, des eaux et de la terre accordées par des liens mystérieux ; les mouvements qui les transforment me transforment aussi ; c’est avec mon cœur que bat le cœur de la terre, suivant les hauts et les bas de l’année. »

 L’écriture d’Henri Bosco 


 Le livre Le mas Théotime, des éditions Gallimard était logé quelque part dans ma bibliothèque  et ce nom ne cessait de me rappeler à lui.  Je devais le retrouver car je venais d’entrer dans l’autre Provence, celle  qui se tait et ne veut pas parler de ses étangs ni de ses chiendents. Henri Bosco en parle. Il me fallait relire le mas Théotime. L’avais-je vraiment lu ? Je savais qu’il m’avait été offert il y a longtemps, très longtemps, je dirais un demi-siècle, à l’époque où les labours et la terre occupent les hommes et ne leur laissent pas de place à l’évasion et au voyage.

Je le relus me demandant si je l’avais vraiment lu tant sa prose m’apporta moult surprises.   C’était l’époque où dans les champs, on recevait en héritage une terre, on la cultivait, on en sentait couler sur les mains un frisson craintif et on pouvait dire que cette terre était la sienne et un lien puissant se tissait. En relisant, j’ai senti combien l’attachement de Bosco à sa terre est imprégné d’un faste qui se nourrit à la source de ce qui est premier, naturel et  encore vierge de tout changement.

 C’est un dialogue avec sa terre que nous livre Bosco. Le mas Théotime se bat avec les forces telluriques, les égarements des hommes, les choix à prendre pour s’en échapper, le  préserver de ceux qui l’avilissent.

 Le combat est-il le même de nos jours ? C’est ce qui interroge et qui fait penser que la terre est liée à l’homme de quelque manière que ce soit.

C’est une écriture qui prend le temps de décrire chaque moment d’une terre qui s’éveille. Bosco traduit les odeurs, relate une situation. Il peut s’agir de l’herbe, "des lourdes vapeurs de l’aube qui  pendaient ses franges noires sur les flancs des collines."

Il nomme et décrit la nature en mouvement par des allégories, des images qui ne  prennent pas le risque de s’aventurer dans le rêve. Avec Bosco  on ne rêve pas, on s’allie avec un colosse vivant et puissant et on se mesure à lui avec ce qu’on a de volonté car l’homme a aussi son mot à dire.  

L’écriture de Bosco repère des situations où l’homme et la nature s’affrontent, se jaugent et décident.

L’anecdote du soulier maculé de boue est en ce sens révélateur et peut soulever non pas une émotion mais un fait vivant. Bosco voit une vie dans sa terre, une vie qui l’appelle.

 «  Chaque fois que je la touchais, mon soulier s’enfonçait en elle jusqu’à la cheville et sur le cuir, je sentais sa matière friable qui prenait mon pied et cherchait à la retenir. Mais moi je m’arrachais de là et j’allais plus loin en emportant à mon talon un peu de cette terre tenace sur laquelle avaient peiné les hommes de mon sang et qui maintenant m’appartenait.»

 Littérature d’imagination, dit-on mais surtout littérature d’une posture vis-à-vis du monde et en ce sens, Bosco croit au labeur de l’homme, qui le relie à la matière vivante et forte et généreuse qu’est la nature dans sa diversité. Et quand cette nature, il en possède une portion, ne serait-ce qu’un bout de terre, il comprend qu’il vient de là et que ses origines partent du sol laissé par ceux qui avant lui l’ont cultivé et amené jusqu’à lui.

«  Je recevais de la source la paix humide du matin et la sensation d’un mystère. Dans cette conque d’argile si profonde où l’eau naissait et où se reflétaient les colossaux feuillages des arbres nourris de sa substance, l’apparence seule des choses émergeait à mes yeux d’une vie souterraine qui ne laissait filtrer qu’un filet d’eau, inaccessible, chétive et pure, émanation des nappes lacustres cachées sous la masse calcaire des plateaux. 
Bientôt, je me perdis dans les replis obscurs de ces infiltrations et je fus attiré si loin de moi par les images indistinctes issues de ce miroir où passaient des formes indéfinissables que j’eus un moment de bonheur en accord avec l’eau et le calme du matin d’été. » 

Extraits du roman "Le mas Théotime "


© gravure – galerie Ories.fr

© images, dessins et gravures du peintre et sculpteur français Michel Moskovthenko, né à Tarare dans le Rhône en 1935 et mort à Apt dans le Vaucluse en 2025.


Ginette Flora  

Juillet 2026

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