Der Freischutz, le franc-tireur, un opéra de Carl Maria von Weber
- Ginette Flora Amouma

- il y a 8 heures
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©-Bregenzer-Festspiele-Anja-Kohler music opera der frieschutz
C’est un opéra qui prend pour décor de sombres forêts ; un opéra qui psalmodie des incantations magiques et qui traverse des désespoirs tragiques. Des complots maléfiques et des pactes diaboliques sont mis en œuvre pour parler d’un sentiment qui s’appelle amour.
Pour les allemands, c’est leur premier opéra romantique. Né en à Eutin, une ville d’Allemagne située près de Lübeck, Weber compose une œuvre inspirée d’une légende.
C’est le conte populaire des balles franches détournées par le diable que le librettiste Johan Friedrich Kind met en livret en 3 actes. Il s’agit d’un conte fantastique qui utilise tous les rouages de la magie, de la sorcellerie et de rites occultes pour libérer une toute autre magie, celle de l’amour.
L’œuvre est bien accueillie par le public, ce qui lui donne une large audience dans toute l’Europe. Cet opéra ovationné dès sa première représentation en 1821 à Berlin signe la naissance du premier opéra romantique allemand.
Le jeune Richard Wagner (il a 18 ans) se trouve parmi le public. Il est totalement sous le charme et tombe littéralement sous le coup d’une illumination. Les contes germaniques deviennent aussi la source de son inspiration à tel point qu’on le considère comme le digne successeur de Weber.
Le titre « Der freischütz » traduit par « Le franc-tireur » n’obtient pas toutes les adhésions et suscite bien des polémiques. Les puristes s’en offusquent et disent qu’un franc-tireur est un combattant indépendant. Or le personnage de l’opéra est un chasseur qui utilise des balles pour faire tomber sa proie.
Toujours est-il que c’est la traduction acceptée dans l’histoire de la musique pour cet opéra. Dans le folklore allemand, le terme « freischütz » indique un chasseur qui a conclu un pacte avec le diable pour obtenir des balles magiques qui touchent leur cible sauf la dernière qui obéit à la volonté de celui qui la guide.
L’opéra raconte l’histoire d’un jeune chasseur Max qui veut réussir un concours de tir dont le prix est la main d’Agathe dont il est épris.
Der Freischütz
L’ouverture
Elle est considérée comme une ouverture du plus bel effet, une réussite émotionnelle à tel point qu’un passage de l’ouverture sert de générique à plusieurs émissions radiophoniques de « La tribune de l’Histoire ».
C’est l’histoire d’un jeune chasseur qui passe un pacte avec le diable pour obtenir des balles guidées par le démon afin de réussir au concours et convoler avec Agathe, la récompense promise.
C’est une partition qui va de l’ombre à la lumière, agissant comme une bande-annonce et laissant les instruments présenter le corps du récit.
Les violons nous font entrer dans une forêt mystérieuse avec des lieux inquiétants comme la Gorge aux loups.
Les cors évoquent la présence des chasseurs.
Puis le tempo s’accélère comme le montre l’extrait dirigé par le chef d’orchestre Von Karajan.
Le timbre précipité, infernal et accéléré prévient l’arrivée des forces du mal.
Puis la clarinette invite à comprendre la tristesse de Max le chasseur qui pense à remporter le concours.
Quelque chose de léger, un froissement annonce l’arrivée de la femme dans un doux partage de la flûte.
Et puis la conclusion est d’une grande harmonie et célèbre une sorte de triomphe : trombones, percussions, cors se mettent en branle et montrent que le combat entre les forces du bien et du mal s’achève sur une victoire.
A chaque timbre est associé un personnage ou un thème, une nouveauté musicale dont se souviendra Richard Wagner en inaugurant ses fameux leitmotivs.
ACTE 1
En l’an 1658, Au royaume du duc de Bohème, le prince Ottokar aime organiser des concours de tir pour célébrer les prouesses de ses valeureux chasseurs dont Max, son meilleur tireur qui est épris d’Agathe, la fille du forestier. L’enjeu est de taille : le vainqueur pourra convoler en justes noces avec Agathe.
Max hésite car son habileté n’est pas au point, il a perdu aux dernières qualifications d'où son désespoir. Cependant en voyant son rival Kaspar qui convoite la même victoire, il se laisse convaincre par son rival qui lui promet de vaincre grâce à des balles magiques fabriquées par le diable Samiel.
Max accepte le rendez vous fixé à la Gorge aux loups, l’antre du diable et de sa forge. Kaspar lui parle de balles qui ne ratent pas leur but et lui propose de passer un pacte avec le diable.
ACTE 2
L'angoisse d'Agathe qui se souvient de ce qu'elle a vécu avec Max .
Pendant ce temps, Agathe est morte d’angoisse et se confie à son amie. Max et Kaspar appellent le diable Samiel dans la Gorge où ils sont arrivés.
Tempête, lieu dévasté parcouru de divinités surnaturelles, cris de bêtes, Samiel le démon est dans son élément et fabrique les balles commandées. 7 balles magiques dont six obéissent au tireur, la septième balle est contrôlée par le démon. Là est le piège.
La scène est considérée comme le sommet de l'écriture musicale par son orchestration.
Le jeu des cors, l'entrée en puissance des percussions pour décrire le lieu infernal de la Gorge aux Loups n'a pas laissé indifférent Richard Wagner qui s'en inspirera pour ses oeuvres opératiques.
ACTE 3
Le chœur des chasseurs
C’est le jour du concours. Max tire ses six balles avec succès et le Prince Ottokar désigne une blanche colombe à abattre avec la septième balle.
Mais quand Max tire, c’est Agathe qui apparaît pour découvrir la colombe qui s’envole et la balle lancée par le démon va frapper Agathe quand un ermite réussit à détourner la balle et la lancer sur Kaspar qui meurt sur le coup.
Max avoue au Prince sa trahison et sa complicité dans le pacte ourdi par Kaspar avec le diable. Le Prince sur l’intercession de l’ermite accepte de ne pas bannir Max et de lui laisser la chance de se repentir. Le Prince accepte de lui donner un délai d’un an pour faire ses preuves avant d'épouser Agathe.
L'opéra et ses résonances
Cet opéra est une sorte de transition entre la flûte enchantée de Mozart et les œuvres opératiques de Richard Wagner.
La musique y est abordée en y créant un aspect immersif novateur avec l’usage d’un grand nombre d’instruments sur lesquels repose l’atmosphère d’une scène.
La partie de la gorge aux loups tire son aura fantastique et surnaturelle grâce aux timbres des cors, des bassons, des trombones.
C’est un conte populaire mais le mélange des genres introduit dans les actions s’échappe du seul répertoire folklorique pour aborder le lyrisme des sentiments. La nature également prend de l’importance, forêts et rochers, minéral et végétal tirent leur épingle du jeu et le pacte ourdi par Kaspar avec le diable Samiel revêt une ampleur dramatique en concordances avec l’âpreté des lieux.
L’ouverture est soignée. L’histoire est brossée dans les grandes lignes et le public peut situer les divers jalons de l’action.
Les critiques sont nuancées. D’aucuns relèvent la naïveté du propos. Le livret fonde son action sur le combat convenu entre le bien et le mal.
La musique alterne avec les dialogues et les parties chantées, ce qui est considéré par certains comme une charge supplémentaire.
Est-ce pour répondre à ces critiques qu’un remake est proposé en 1824, une adaptation qui est intitulée « Robin des Bois, les trois balles » de Castel-Blaze et Thomas Sauvage mais qui modifie le drame de Weber.
En 1841, Hector Berlioz rend justice à Weber en créant pour l’Opéra de Paris une version française se rapprochant le plus près possible de l’œuvre du compositeur allemand. Berlioz remplace les dialogues par des récitatifs chantés. Ce faisant, il impose la création de Weber.
Ginette Flora

Août 2026



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